La cellule Personnes disparues : 30 ans d’existence et d’histoire commune avec Alain Remue
La cellule Personnes disparues (CPD) a vu le jour le 4 septembre 1995 au lendemain de l’affaire Dutroux. Trente ans et plus de 32 000 dossiers traités plus tard, nous rendons hommage à ce service pas comme les autres, qui met chaque jour tout en œuvre, avec l’aide de ses partenaires internes et externes, pour retrouver des personnes disparues.
Trente ans d’existence, cela valait bien une fête : la cellule Personnes disparues a été mise à l’honneur le 4 septembre 2025, au complexe Géruzet à Etterbeek. Une cérémonie à haute valeur symbolique, puisqu'après 30 ans de bons services, le commissaire Alain Remue a décidé de passer le flambeau au commissaire Gerry Van Loock.
Quatre fillettes disparues
Retour à l’été 1995 : l’actualité est marquée en juin par la disparition de deux fillettes, Julie et Mélissa, et en août par celle d’An et d’Eefje. Ces doubles disparitions bouleversent notre pays. La pression sur le monde politique, la justice et la police est énorme et le public exige des explications. Tout juste diplômé, le jeune Alain Remue rejoint alors la section « criminalité contre les personnes » du BCR (Bureau central des recherches). Pour deux jours seulement, car, pour la première fois dans l’histoire, une unité dédiée exclusivement aux disparitions est mise en place. Alain s’embarque dans l’aventure, sans savoir où celle-ci le mènera, et deviendra plus tard la figure de proue d’une équipe qui poursuit un seul et unique but depuis 30 ans : apporter une réponse, qu’elle soit bonne ou mauvaise.
« Une mauvaise nouvelle vaut mieux que pas de nouvelles du tout. »
Alain Remue
Si elle ne s’occupait autrefois que de disparitions inquiétantes d’enfants, la cellule a depuis longtemps déjà élargi son champ d’action : elle recherche aussi les personnes atteintes de démence ainsi que les Belges à l’étranger. La cellule intervient également lors de la découverte de corps (ou parties de corps) non identifiés dans le cadre, par exemple, de recherches dans l’eau. Depuis ces 30 années, la CPD est devenue une référence.
Apporter des réponses
Composée aujourd’hui de 17 membres, l’équipe poursuit un seul objectif : apporter des réponses aux parents, aux proches, à toutes celles et ceux qui ont perdu quelqu’un. Entre sa création en 1995 et la fin de l’année 2024, la cellule a traité pas moins de 32 683 affaires de disparitions inquiétantes. 31 926 dossiers ont été clôturés (dans plus de 28 000 affaires, la personne disparue a été retrouvée vivante), et quelque 757 dossiers sont toujours ouverts, dont celui de la disparition de Liam. Cette affaire ronge encore Alain aujourd’hui : pour lui, le fait de ne pas avoir retrouvé ce petit garçon disparu en 1996 reste un échec.
Certaines affaires ont été davantage médiatisées que d’autres. Si des dossiers tels que celui de Dutroux, du meurtre d’Annick van Uytsel en 2007 et de l’assassinat du châtelain de Wingene en 2019 sont restés gravés dans la mémoire de beaucoup, toutes les disparitions ne font pas la une des journaux, loin s’en faut.
Alain revient sur les dossiers les plus marquants de sa carrière dans une série de cinq podcasts publiés par le quotidien Het Laatste Nieuws.
"30 ans, plus de 32.000 dossiers et un taux d'élucidation de 97%. Il n'est pas donné à tout le monde de garder son sang froid lorsqu'une vie humaine est en jeu, ni de trouver l'équilibre entre l'empathie pour une victime ou ses proches et la rigueur méthodique nécessaire à une enquête. Saluons ces femmes et ces hommes dont l'humanité, l'engagement, le professionnalisme, contribuent chaque jour aux succès de la Cellule des Personnes Disparues."
Eric Snoeck, commissaire général de la Police Fédérale
Un hommage émouvant
La cellule Personnes disparues a été célébrée avec tous les égards le 4 septembre. Plusieurs discours ont été prononcés, le commissaire général a présenté les quatre premières pièces commémoratives du 30e anniversaire de la cellule, et les épouses d’Alain Remue et de Gerry Van Loock ont été mises à l’honneur. L’émotion était palpable, notamment lorsqu’un hommage fut rendu aux collègues décédés au cours de ces 30 années : le pilote Hedwig Devos et l’observateur aérien Lieven Vlaeminck ont perdu la vie dans leur Cessna en janvier 2003 alors qu’ils effectuaient une mission (photographique) pour la CPD. En 2011, Olivier Rouxhet, un plongeur expérimenté de la protection civile et ami proche d’Alain Remue, est quant à lui décédé alors qu’il était à la recherche d’Alison et d’Amélia, deux sœurs portées disparues.
« La cellule Personnes disparues, ce sont 30 années de vies sauvées. »
Ministre Quintin
« Sans vous, l’histoire n’aurait pas été la même. »
la ministre Verlinden au sujet d’Alain Remue
« Cela a été un long voyage mouvementé. »
Alain Remue
Alain Remue a donné le mot de la fin au père de Julie Van Espen, « une jeune fille arrachée à la vie par la folie meurtrière d’un individu. » (Julie, 23 ans, a été violée et assassinée par Steve Bakelmans, 39 ans. Son corps a été retrouvé deux jours plus tard dans le canal Albert.) Erik Van Espen est extrêmement reconnaissant à l’équipe d’avoir retrouvé sa fille.
« Ce ne sont pas les victimes qui sont au mauvais endroit au mauvais moment, mais les auteurs. »
Erik Van Espen
Une carrière fantastique
« Malgré toutes ces horreurs et ces nombreuses confrontations avec la face la plus sombre de la société, je peux dire que j’ai eu une carrière fantastique », explique Alain Remue. « Mon travail m’a toujours apporté une grande satisfaction ; c’est un privilège d’avoir pu faire ce que j’ai fait. J’ai certes été le chef de file de la cellule, mais c’est grâce à toute mon équipe que nous avons obtenu ces résultats. Nous avons souvent fait la différence, et c’est d’ailleurs ce qui nous motive. »
« Je veux qu’on se souvienne de moi comme de celui qui s’est investi avec tout son cœur dans la cellule Personnes disparues. »
Alain Remue
Gerry Van Loock prend la relève
Après 47 ans de bons et loyaux services, l’heure est venue pour Alain, âgé de 65 ans, de prendre sa retraite, une période qu’il compte mettre à profit pour passer du temps avec son premier petit-enfant et faire de nombreuses balades à moto. À la fin du mois de septembre, il passera en toute sérénité le flambeau au commissaire Gerry Van Loock. Chef de service du Fugitive Active Search Team (FAST) de la Police Fédérale, ce dernier a passé ces six dernières années à traquer les criminels en fuite. Avant cela, lorsqu’il était encore inspecteur principal, Gerry a travaillé au sein de la CPD – de juin 2011 à novembre 2019 – en tant que coordinateur opérationnel.
Qu’est-ce qui a motivé le commissaire Van Loock à prendre le relais ? « L’unité est chère à mon cœur, tout comme le FAST d’ailleurs. Mais il y a une différence fondamentale entre les deux : la recherche d’une personne disparue, contrairement à celle d’un fugitif, peut jouer un rôle déterminant dans une vie humaine en ce sens qu’elle permet de faire la différence entre la vie et la mort. Cela dit, les deux unités font en fin de compte le même travail : elles recherchent des personnes. Seule la finalité est différente. »
Le droit à la vérité
« Je ne vais évidemment pas devenir une copie d’Alain », poursuit Gerry Van Loock, « mais une chose est sûre : l’engagement humain, qui constitue en réalité l’ADN de l’unité, restera notre leitmotiv. L’importance d’une communication claire restera par ailleurs inchangée, en premier lieu à l’égard de la famille et/ou des proches – car ils ont droit à une information honnête, à la vérité –, et puis aussi, plus largement, à l’égard du monde extérieur. Mais la cellule devra également relever des défis : je pense en premier lieu à la technologie, à la coopération policière internationale, à la coopération avec le monde académique et les entreprises technologiques, etc. La cellule doit être l’unité de référence en matière de connaissances et d’expertise concernant la localisation et les missions spécialisées de recherche, et ce tant dans le contexte des disparitions inquiétantes que dans celui des disparitions d’origine criminelle. Selon moi, dans les affaires criminelles où on ne retrouve pas le corps de la victime, on peut en effet considérer qu’il s’agit d’un corps disparu. Le législateur a donné une mission et un mandat clairs à la cellule dans ce domaine, et nous l’exécuterons avec le sens du devoir. »
Corps non identifiés
Lors des inondations de Liège (juillet 2021), le commissaire Van Loock a fait fonction de chef de service suppléant de la cellule Personnes disparues pendant les cinq premiers jours des opérations. « J’ai alors appris que notre unité a également un rôle important à jouer en termes de gestion de crise. Il faut absolument définir un cadre clair pour les missions que nous devons accomplir dans les situations de ce type. Il convient également de poursuivre le développement de notre section ‘corps non identifiés’, dont relèvent également la gestion et le suivi de la banque de données ADN ‘personnes disparues’. »
« Last but not least, plus de 750 dossiers de disparitions sont toujours ouverts aujourd’hui, ce qui signifie que 750 familles attendent toujours une réponse. L’approche du traitement de ces cold cases doit également être uniformisée. Le grand avantage que nous avons au niveau de la cellule, c’est que tous nos partenaires sont prêts à nous aider à retrouver la personne disparue. »
Une source d’espoir
« J’ai toute confiance en l’avenir et, avec le groupe de collègues qui m’entourent, nous veillerons à ce que la cellule Personnes disparues reste une source d’espoir dans ces temps difficiles », conclut Gerry Van Loock. « Fournir des réponses, c’est notre raison d’être ! »
Nous tenons à remercier chaleureusement Alain Remue pour l’engagement sans faille dont il a fait preuve tout au long de ces années et lui souhaitons une bonne et heureuse retraite. Nous en profitons également pour souhaiter au commissaire Van Loock plein succès dans ses nouvelles fonctions.